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Boire avec les dieux : Rencontres avec les acteurs de l’exposition temporaire

Arts

Extraits issus du Hors Série Archéologia à paraître.

 

Jean-Yves Marin, co-commissaire de l’exposition et directeur du musée d’Art et d’Histoire de Genève de 2009 à 2019

« La Fondation pour la Culture et les Civilisations du Vin souhaitait aborder l’histoire du vin dans l’Antiquité ; nous avons choisi de le faire d’une manière vivante, en privilégiant l’expérience et la sensorialité, en impliquant le visiteur dans la découverte des rituels sacrés du monde grec puis romain. Ainsi, ne sont pas traités les processus de fabrication de ce breuvage mais ses représentations et sa symbolique dans les sociétés antiques. Près de 60 œuvres (céramiques, peinture, sculptures) prêtées par de prestigieux musées, comme le musée du Louvre, le musée national archéologique d’Athènes ou la Fondation Gandur pour l’art en Suisse, donnent à voir le rapport que les Anciens entretenaient avec cette boisson mais aussi avec la vigne. »

« L’exposition doit permettre au public de comprendre le sens et la place du vin dans l’Antiquité grecque et romaine. Pour cela, elle a été divisée en cinq sections, « Le vin, don de Dionysos aux hommes », « Qui est cet étranger ? », « Un extravagant cortège », « De la sagesse à la folie : le banquet » et « Quand Bacchus conquiert Rome » […] et est placée sous le patronage de la divinité tutélaire du vin et de la vigne : Dionysos. Son rôle majeur est mis en lumière grâce aux œuvres exposées. »

« Nous avons demandé à trois plasticiens bordelais, le collectif des MonkeyBird, Delphine Delas et Rouge, venant des arts urbains de nous livrer leur vision d’épisodes anciens. […] Cette confrontation inédite montre que la mythologie est encore extrêmement présente dans notre quotidien et notre imaginaire. Ces installations monumentales et figuratives font écho aux œuvres archéologiques et proposent une lecture d’histoires majeures pourtant rarement représentées dans l’Antiquité. »

 

Monkeybird, collectif d’artistes, créateur de la fresque murale monumentale autour du Triptyque d’Ampélos

« Nous sommes deux jeunes artistes, Édouard et Louis. […] Aujourd’hui, nous œuvrons en collectif avec l'ambition d'écrire des fables philosophiques contemporaines sur les murs de la ville. Nous travaillons au pochoir, technique qui nous permet d’obtenir une grande précision du dessin indépendamment du contexte. »

« Notre œuvre fait référence au mythe d'Ampélos (qui signifie vigne en grec), un jeune et beau satyre aimé par Dionysos dont la mort prématurée causée par un taureau laissa le dieu inconsolable. De la métamorphose de son amant serait née la vigne. Cette plante – ce don de soi aussi – permet aux deux amants, au travers de rites spécifiques, d’entretenir leur passion et de sceller leur union éternelle. »

« La monumentalité de l'ouvrage offre une autre échelle, permettant à ce très riche mythe de se déployer dans l'espace. Le visiteur se retrouve en immersion, pris à partie et faisant corps avec cet environnement mythologique auquel nous avons intégré des fragments architecturaux matériels. »

 

Rouge, artiste plasticienne, créatrice de l’installation autour du thème des Anthestéries, fête dionysiaque annuelle qui se passait à Athènes

« Lorsqu’on m’a proposé le thème des Anthestéries, j’ai été aussi enthousiaste qu’intimidée car peu de vestiges visuels ont été retrouvés et les textes sont peu explicites. Il n’était donc pas facile d’aborder ce sujet. Cette fête est aussi codifiée que délirante, et tenter de s’y connecter revient aujourd’hui à penser à une synthèse approximative entre les fêtes du vin nouveau, la Toussaint, Noël et Carnaval. »

« Nous avons ainsi conçu une installation avec au centre, un trio de céramiques peintes et sonorisées – une jarre, une cruche et une marmite – portant la narration séquencée et cernées par un environnement en papier. Le travail de papier découpé permet d’évoquer l’idée d’une nature renaissante, qui bien plus qu’un simple paysage, ébranle la cartographie d’Athènes, comme les Anthestéries bouleversaient profondément la rationalité de la ville. Ce contraste était très intéressant plastiquement. »

 

Delphine Delas, artiste et créatrice de l’œuvre autour des voyages de Dionysos

« Si ma formation est théorique, ma pratique est autodidacte, nourrie aux sources classiques. Parmi les différentes techniques que j’utilise, j’affectionne les fonds monochromes sur lesquels je trace des lignes blanches pour créer un contraste plein de finesse. Je recherche une pureté du trait et une économie du geste. »

« La figure de Dionysos m’intéresse comme entité cosmique et divine, au même titre que l'ensemble de la mythologie grecque, qui occupe une grande place au sein de mon travail. Certains ouvrages littéraires restent pour moi des références absolues dans lesquelles je puise mon inspiration. Je retiens des voyages de Dionysos son caractère de dieu errant, originaire de nulle part et de partout. Vagabond, il incarne la figure de l'autre, de ce qui est différent et déroutant. Ses épopées sont démentielles, parfois tragiques, violentes et cruelles. C’est certes le dieu du vin mais c'est avant tout le dieu de la culture, de la civilisation. »

 

Crédit photos :
Rouge
La cité des vivants (détail)
Avec la contribution de Charlène Griffon
2020
Production Fondation pour la culture et les civilisations du vin