Langue

  • Français

Date

20 avr. 2017

Avec Stéphane Guégan, historien de l'art, membre du Comité scientifique de l'exposition temporaire "Bistrot ! De Baudelaire à Picasso"

"Profondes joies du vin, qui ne vous a connues ?" Baudelaire, au printemps 1851, chante en toute sincérité les vertus de ce breuvage "démocratique" puisque chacun, riche ou pauvre, en fonction de ses moyens, peut accéder à ses voluptés. Le vin, pour le poète, n'endort pas seulement douleurs et regrets, il active nos désirs et agit sur notre capacité créatrice, il est ce "soleil intérieur", cette "seconde jeunesse" où l'homme puise de quoi illuminer sa vie, le temps d'un verre, d'un poème ou d'un tableau. Baudelaire parlait d'expérience, lui qui a fréquenté près d'une quarantaine de débits de boisson des deux côtés de la Seine. De tous temps, à dire vrai, les artistes se sont donné rendez-vous au café et l'ont mêlé à leurs poèmes et tableaux. Cet effet de miroir culmine entre Manet et Picasso, Forain et Otto Dix, Degas et Vuillard, mais il surgit avant et se prolonge jusqu'à nous. Cafés, bistrots, cabarets et guinguettes, plus que tout autre espace social, forment le cœur de notre modernité. Une certaine façon d'être au monde et de le représenter s'y concentre : chacun de nous vit avec un flot de textes et d'images où femmes et hommes cèdent au plaisir de consommer ensemble vin, bière et autres substances énergisantes.

Rencontre animée par Francis Lippa, philosophe, vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux.

    "La vie de café", entre désirs et bohême