La Cité du Vin est ouverte aujourd'hui de 10h00 à 19h00.

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Anouk Legendre, l'architecte de La Cité du Vin

Publié le 03 janvier 2016

Visite guidée du chantier de La Cité du Vin en compagnie d’Anouk Legendre, XTU architects

Décembre 2015. La Cité du Vin est comme une fourmilière géante où s’agitent presque nuit et jour les chevilles ouvrières de ce bel édifice. À près de trois mois de la livraison du bâtiment – et six mois de l’ouverture au grand public ! – le chantier avance à vitesse grand V. Les derniers panneaux de verre et de métal viennent tout juste d’être posés sur la façade, conférant à l’enveloppe extérieure son aspect définitif. Au milieu de cette agitation continue, une femme, hauts talons et veste rouge cintrée, arpente avec détermination tous les étages, scrutant les moindres détails. Entourée de son équipe, Anouk Legendre, l’architecte du projet, scrute, commente, photographie et prend en note tous les points à faire modifier : une grille d’aération ici, une couleur qui n’est pas bonne là, des points de fixation apparents. Pas un détail ne lui échappe, elle a l’œil. C’est un combat quotidien que celui de garder l’âme de son projet, l’âme de ce lieu qu’elle a imaginé comme un tout, une évidence. Visite guidée en compagnie de la « femme de l’art » de La Cité du Vin.

« Le projet s’inscrit dans une démarche environnementale globale. Un parvis végétal en bord de fleuve permettra de rafraichir l’environnement. Une ombrière perforée recouvre le bâtiment afin d’optimiser la circulation de l’air dans la structure. Toutes les normes énergétiques ont évidemment été respectées. Il en est de même pour la limitation des apports solaires et la compensation de la production de chaleur », amorce-t-elle avec un geste évocateur à la ronde, en franchissant au pas de course la haute porte d’entrée.

Une volonté de lier La Cité du Vin à son environnement

L’intention de départ pour l’architecture du bâtiment était véritablement de créer un lien entre La Cité du Vin et les espaces qui l’entourent à travers un mouvement perpétuel. La forme si particulière de La Cité renoue avec ses muses : entre le vin qui tourne dans le verre, les remous de la Garonne et les ceps noueux de la vigne, chaque détail évoque l’âme du vin et l’élément liquide.

Changeant selon les rayons du soleil et l’heure de la journée, le bâtiment répond au fleuve grâce à ses reflets. Le parallèle avec la robe du vin en incessante mutation n’est pas loin. Avec cette forme si particulière, on perçoit différemment le fleuve qui passe à côté. De part et d’autre, les deux entrées de l’édifice donnent une impression de mouvement, de flux et de reflux entre l’intérieur et l’extérieur. Une entrée vers la ville, une autre vers le fleuve. Plus haut, le belvédère laisse découvrir la ville illuminée ainsi que le territoire alentour, presque comme une vigie.

Un parcours de visite comme un voyage initiatique

Dans les yeux d’Anouk Legendre, le parcours de visite lui-même suit ces flux : le vin, le fleuve, le flux des visiteurs. On traverse le bâtiment comme une rivière, les visiteurs deviennent voyageurs, dont le flot vient s’enrouler autour de l’escalier central, perpétuant cette impression de mouvement. De ce fait, l’expérience du visiteur est un déplacement continuel, un cercle vertueux de découvertes. Chacun vient à la rencontre d’un monde nouveau dans un geste fluide, tournant, qui mène vers un lieu atypique et sans limite. Comme un voyage à travers les méandres d’un paysage culturel qui nourrit l’imaginaire.

La volonté initiale était de faire évoluer le programme du bâtiment au fil de la scénographie ; de faire de l’architecture un voyage en lui-même. Ainsi, en bas, c’est un monde sombre, comme une cave, aux racines de la vigne. Le rez-de-chaussée est brut, c’est une étape d’immersion dans le projet, un lieu de passage. Puis, le reflet des miroirs désoriente, l’envie prend au visiteur de monter vers la lumière. Il la sent dans le patio, puis la suit à travers la charpente avant qu’elle n’explose. Il n’y a pas de parcours figé, que des mondes à découvrir. Le but de l’expérience est véritablement d’interpeller, non pas de lasser. Parfois l’architecture s’efface, d’autres fois elle réapparait.

La voûte boisée du parcours permanent, le lieu le plus fort de La Cité du Vin, est comme un ciel qui varie. Le ciel est essentiel dans la viticulture, il conditionne les récoltes. Ce ciel en bois s’élève, ondule, se resserre. Encore une question de mouvement. La structure en bois évoque la charpente, les bateaux, le vin qui voyage. C’est un bain de rupture avec le réel. Un monde tout en rondeur, en fluidité et en élévation, qui se rapproche de l’expérience vinique. Ce n’est pas forcément très clair, l’interprétation n’est pas toujours la même, comme avec le vin finalement. Les visiteurs espèrent apprendre quelque chose, ils sont dans un état de découverte, que l’architecture provoque. Elle les met dans de bonnes conditions pour découvrir, pour accomplir ce voyage immersif, initiatique.

Anouk Legendre conclut cette visite du chantier au pas de charge. « Le bâtiment en construction est très proche de la représentation mentale que j’en avais. Sa grandeur est encore plus impressionnante que sur le papier. On dirait un cocon, dont la douceur ne ternit pas la force des axes. » Décidément, la rencontre avec l’architecte plonge ses interlocuteurs dans le même état que le seront les visiteurs : désorientés, bercés par des promesses de découverte. La Cité du Vin renoue donc avec l’idée initiale : donner au visiteur une impression d’univers multiples, lui faire oublier ses préjugés pour qu’il bâtisse son propre parcours et qu’il vive une exploration atypique.