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Douro, l’histoire d’un vignoble au bord des eaux

Histoire

Par Elodie Gratuze, sommelière de La Cité du Vin

La région du Douro est bercée par une histoire mouvementée qui remonte à l’Age de Bronze, période dont ont été retrouvé les traces archéologiques des premières vignes. Il faut attendre le IIème siècle avant J.C pour que l’exploitation des vignobles commence véritablement sur les rives du fleuve. Au Moyen-Age, entre le Xème et le XIIIème siècle, c’est sous l’influence des monastères cisterciens, comme le monastère de Lamego, que la vigne fut cultivée et développée.

Les relations avec l’Angleterre

Mais ce qui a véritablement permis le développement du vignoble du Douro, c’est l’influence anglaise à partir du XVIIème siècle. Le Portugal et l’Angleterre entretenaient des relations privilégiées en termes de commerce. Beaucoup de marchands anglais au Portugal jouissaient d’avantages importants tels que des tarifs douaniers intéressants. Il existait entre ces deux nations de très bonnes relations. Puis, progressivement, certains événements favorisèrent le commerce avec le Portugal.

Tout d’abord, la France se coupa de l’Angleterre. Colbert, qui était alors le ministre de Louis XIV décida de lancer un embargo sur l’ensemble des produits anglais afin de protéger la concurrence et les produits français. En représailles, Charles II d’Angleterre augmenta ses tarifs douaniers et coupa l’ensemble des transactions et exportations. Ainsi, les marchands anglais durent trouver de nouveaux endroits pour s’approvisionner. Ils avaient déjà de très bonnes relations avec le Portugal et ce concours de circonstances les renforça. À partir de cet événement, l’intérêt des Anglais pour le Portugal et son vin ne cessa de s’intensifier. A cette époque, les vins n’étaient pas très corsés. Seuls les vignobles du nord du Douro, du Minho Verde, étaient mis en valeur. Ces vins étaient plus astringents, assez légers et moins ensoleillés. Les Anglais s’intéressèrent alors à d’autres zones de la région, allant plus dans les terres, dans des zones plus arides. Ils découvrirent ainsi le vignoble du Douro. Ils apprécièrent les styles de ces vins, décidèrent de les exporter et de les développer.

La découverte des nouveaux vins et les dérives

Les vins du Minho Verde baignaient dans un climat plus humide et frais. Les consommateurs anglais étaient à la recherche de goûts différents. Ce fut chose faite avec les vins du Douro qui étaient plus charnus, amples et corsés. A cette époque-là, vers les années 1650, il n’existait que des vins rouges.

À la fin du XVIIème siècle, on rajoutait généralement une eau de vie dans le vin du Douro avant l’expédition pour permettre un meilleur conditionnement pendant le transport. L’élaboration de cette méthode serait attribuée aux Hollandais qui la développèrent afin d’éviter que le vin ne s’altère lors des grandes traversées. Aujourd’hui on rajoute l’eau de vie pendant la fermentation, c’est le procédé même de l’élaboration du Porto ! Il est appelé le mutage. Il a cependant fallu attendre les années 1840-1850 pour que cette technique soit acceptée dans l’ensemble du négoce du Porto.

En 1703, fut signé le Traité de Methuen qui permit d’accroitre les exports. On rentra alors dans une période de prospérité entre le Portugal et l’Angleterre tant au niveau de la production qu’au niveau du négoce. Mais celle-ci ne fut qu’éphémère. À partir de 1750, le Portugal subit une période de spéculation et de pratiques déloyales. La qualité du Porto baissa drastiquement et certains producteurs ajoutèrent du jus de sureau dans le vin pour apporter plus de couleurs. Une pratique bien évidemment illégale.  

L’influence du Marquis de Pombal

Puis, en 1756, le premier ministre du Portugal, le Marquis de Pombal, marqua l’histoire. Il joua un rôle très important dans la réglementation et la délimitation du vignoble, une approche visionnaire pour faire face à cette période difficile. Il règlementa le négoce en créant une société, Companhia Geral da Agricultura das Vinhas do Alto Douro appelée plus tard Real Companhia Velha, pour avoir le monopole du négoce à Porto. Il contrôla alors la qualité et la quantité des vins et le négoce du Brandy. L’année suivante, en 1757, il classa et délimita les vignes selon leur qualité. Les vignobles produisant les meilleurs vins eurent le droit de vendre leurs produits à l’export, à des prix plus élevés, alors que ceux donnant des vins de qualité plus modeste furent confinés au marché intérieur. Le Douro a été l’une des premières régions à avoir été réglementée et délimitée avant même le Tokay, en Hongrie et le Chianti en Toscane. Le Marquis de Pombal a été dans un sens précurseur de l’appellation d’origine contrôlée.

L’arrivée du phylloxera

En 1863, la région du Douro s’apprêta à vivre des heures sombres. Le phylloxera arriva et s’attaqua aux vignes de la région, plus précisément aux racines des vignes. La seule solution fut alors de greffer les variétés européennes à des variétés américaines ayant des racines plus résistantes à l’insecte. Au Portugal beaucoup de vignobles furent ravagés. Il fallut attendre 1880 pour que le vignoble du Douro se reconstitue progressivement.  

Le classement au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO

À la suite de l’invasion de ce parasite, des poignées d’investisseurs achetèrent de nombreuses parcelles du vignoble dans le but de reconstruire et replanter les vignes. Puis en 2001, ce fut la consécration pour ce « vieux vignoble » : la région du Douro fut classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Symbole de la reconnaissance à sa juste valeur d’un joyau du vin mondial bercé par une histoire millénaire.