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[Interview] Marion Eybert, responsable des expositions temporaires à la Cité du Vin

Publié le 29 avril 2020

Créer et monter une exposition temporaire à la Cité du Vin représente un travail de plusieurs années. Alors, évidemment, bousculer un planning établi depuis de longs mois n’est pas simple. Avec la reprogrammation de l’exposition « Boire avec les dieux » en 2021, Marion Eybert, responsable des expositions temporaires à la Cité du Vin, nous explique pourquoi cette décision a été prise, comment les équipes s’adaptent à ce nouveau quotidien et ses espoirs pour la suite.

 

  • Pourquoi l’exposition Boire avec les dieux ne peut pas être présentée cette année ?

L’exposition devait ouvrir le 10 avril. Au moment de l’annonce du confinement le 16 mars, le gros œuvre du chantier de scénographie était quasiment terminé. Nous étions sur le point de démarrer l’installation des créations monumentales produites pour l’exposition (une seulement a pu être installée avant le confinement), et d’accueillir ensuite les œuvres appartenant aux musées et procéder aux dernières finitions. La crise sanitaire liée au COVID-19 nous a malheureusement imposé une reprogrammation des dates de l’exposition dont le montage et l’ouverture sont rendus impossibles à ce jour.

Face aux nombreuses incertitudes demeurant quant à l’évolution mondiale de la pandémie, aux dates de réouverture des lieux culturels et leur fréquentation, ainsi qu’à la circulation des œuvres, nous avons pris la décision de reporter d’un an l’exposition : elle se tiendra du 9 avril au 29 août 2021.

 

  • Comment fait-on pour reporter une exposition à une date ultérieure ?

Nous avions un impératif en tête, ne pas annuler purement et simplement l’exposition. Chaque projet représente trois années de préparation; il aurait été terrible de ne pas pouvoir le mener jusqu’au bout en le partageant avec le public. Tout le travail intellectuel de recherche et d’écriture est terminé, le corpus d’œuvres réuni, la scénographie est quasi réalisée, le hors-série Archéologia était sur le point de partir en impression… Il fallait faire tout notre possible pour sauver ce travail collectif.

La première action est de prévenir les prêteurs de l’exposition qui sont à la fois des musées nationaux dont le Louvre, mais aussi plusieurs musées européens comme le Musée archéologique d’Athènes ou encore la Fondation Gandur pour l’art. Notre chance, et la force de l’exposition, est de s’appuyer sur un nombre restreint de prêteurs, impliqués dans le projet et prêts à le soutenir.

Le milieu muséal national et international partage la même situation. Nous sommes solidaires face à la crise actuelle, qui au-delà de l’impact sanitaire, aura un impact prolongé sur l’économie du secteur, particulièrement pour des lieux dépendant essentiellement de la billetterie comme La Cité du Vin. Pour l’instant les retours quant au report de l’exposition sont positifs et nous espérons pouvoir présenter toutes les œuvres prévues initialement.

Ensuite, il faut réorganiser avec l’ensemble des partenaires (commissaires de l’exposition, scénographe, artistes, entreprises, transporteur, assureur, éditeur) toute la chaîne de production… défaire pour refaire dans un an. Le caractère exceptionnel de cette crise, sa soudaineté et les incertitudes quant aux dates de réouverture en font un cas tout à fait unique qui nous demande plus d’adaptation que d’ordinaire.

 

  • Quelle organisation avez-vous mis en place pour continuer à travailler ?

L’équipe des expositions de la Cité du Vin est une petite équipe de trois personnes, très autonome et professionnelle. Nous avons par ailleurs l’habitude du télétravail ou du travail à distance puisque nous devons nous déplacer souvent pour les besoins des projets.

Les outils étaient donc déjà en place et il a été facile de se mettre au travail dès le 17 mars depuis la maison. Comme je le disais, les projets représentent un travail au long cours, et nous en menons plusieurs simultanément. Chacun étant à une étape différente de sa conception et de sa production, nous avons pu jusqu’à présent continuer de travailler plusieurs jours par semaine même si la Cité du Vin est fermée.

La difficulté réside dans la multitude des partenaires impliqués dans une exposition, particulièrement la dernière année. Mais nous avons pu avancer dans la réorganisation car souvent nos interlocuteurs ont aussi continué à travailler depuis chez eux. Maintenant, certaines actions devront attendre la possibilité d’accéder à La Cité du Vin pour finaliser par exemple le stockage de la scénographie que nous allons devoir démonter en attendant l’année prochaine.

 

  • Que devons-nous retenir et conserver de ce confinement ?

Une grande adaptabilité des projets, et des équipes pour arriver à surmonter cette crise. A la Cité du Vin, nous avons l’habitude d’être très agiles dans nos modes de fonctionnement et ce depuis l’ouverture. Tout était à créer, à inventer et à ajuster en fonction des retours, que ce soient des visiteurs ou des partenaires.

Ces dernières semaines, nous avons bien sur éprouvé encore plus fortement cette nécessaire adaptabilité, et nous espérons que les choix que nous faisons aujourd’hui permettront de conserver l’ambition de programmation culturelle qui est la nôtre.

Nous nous concentrons en ce moment sur la réouverture de La Cité du Vin en nous focalisant sur l’accueil des visiteurs dans le Parcours Permanent. C’est le cœur de notre offre, et toute l’énergie de l’équipe de la Fondation se concentre dessus, tout en préparant les années à venir.

Plus largement, cette crise aura un impact durable sur nos façons de consommer, de travailler, de voyager, de se cultiver... Nous aurons, en tant qu’acteur de la culture et du tourisme, à inventer les propositions qui répondront nous l’espérons à ce « monde d’après ».

Ce qui m’enthousiasme malgré le contexte actuel, et qui me donne de l’espoir, c’est que cette crise révèle le besoin de partager, notamment par l’art et la culture. Il n’y a qu’à voir le nombre d’initiatives collectives qui ont vu le jour malgré le confinement, via les réseaux sociaux. Ce besoin de sociabilité, d’être et de s’émouvoir ensemble est essentiel.