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L’apprentissage n’est plus ce qu’il était*

Publié le 04 septembre 2018

La muséographie a connu d’importantes évolutions ces dernières années. Les musées les plus innovants se sont approprié les vastes possibilités offertes par le numérique et se sont adaptés à l’évolution de notre société dans laquelle l’image tend à devenir le vecteur d’information et de connaissance dominant. Par ailleurs, les recherches en neurosciences sur les processus cognitifs ont démontré ces dernières années que la sollicitation des émotions (le rire, la surprise, l’émerveillement…) favorisait fortement et durablement la mémorisation des connaissances.
 

A la différence de la lecture d’un ouvrage, qui est un exercice linéaire, dont les musées se sont longtemps inspirés, l’expérience muséale contemporaine privilégie une forme de pédagogie informelle. Le musée est aussi un lieu de questionnement, d’ouverture intellectuelle, de comparaison et ne peut être réduit à un lieu d’apprentissage purement didactique. On peut s’en désoler, mais l’expérience prouve que les musées d’experts ne parviennent plus à intéresser qu’une frange étroite de la population, elle-même déjà éduquée ou familière du sujet.
 

Faire comprendre, plutôt qu’apprendre, créer l’envie de culture, éveiller la curiosité pour inciter ses visiteurs à « aller plus loin », c’est le chemin qu’a choisi La Cité du Vin pour révéler au plus grand nombre, la richesse des cultures et civilisations du vin. Il a été décidé de ne pas constituer de collections permanentes ex nihilo, ce que le budget alloué au projet ne permettait pas d’envisager, mais de créer un vaste « centre d’interprétation » en utilisant les techniques du numérique et de l’audiovisuel.  Sur la base d’un projet scientifique initié dès l’origine du projet, ayant mobilisé un comité d’une trentaine de spécialistes dans une dizaine de disciplines, ainsi qu’une centaine d’experts, ces techniques permettent de construire un discours dynamique et très complet sur ce patrimoine immatériel universel.  Ce discours s’appuie notamment sur une iconographie issue des plus grands musées internationaux mais aussi sur des témoignages humains collectés dans le monde entier. Cette exposition « nouvelle génération », dans laquelle chacun peut puiser en fonction de son intérêt, de sa curiosité, de son temps disponible, s’adresse en priorité à un public de non-spécialistes (même si de nombreux connaisseurs et professionnels disent régulièrement y avoir fait de savoureuses découvertes). Certains visiteurs « butinent » librement au gré de leur curiosité mais beaucoup d’entre eux passent des heures à explorer les dix heures de contenus qui leurs sont proposés.
 

Mais La Cité du Vin ne se limite pas à ce parcours de visite. Elle est aussi un grand centre culturel dédié au vin, proposant toute l’année des expositions temporaires, des débats, des conférences, des spectacles, du cinéma, des ateliers et dorénavant, de nombreuses ressources documentaires en ligne. Portée par la Fondation pour la culture et les civilisations de vin, l’ensemble de cette offre permet d’approfondir la multitude de sujets esquissés dans le parcours de visite.
 

Le million de visiteurs accueilli en à peine plus de deux années, mais plus encore le résultat des enquêtes de satisfaction menées trimestriellement, nous confortent dans l’idée que les choix réalisés, sans aucun doute assez déroutants pour des personnes fortement éduquées et de culture classique, correspondent bien à une manière actuelle, impressionniste, d’appréhender la culture. Rien ne nous réjouit plus que quand nos visiteurs nous remercient d’avoir appris beaucoup…en se faisant plaisir.

 

*pour reprendre le titre d’une conférence sur les sciences cognitives et les nouveaux outils numériques, présentée à la Cité des Sciences, nov 2016

 

Laurence Chesneau-Dupin, conservateur en chef du Patrimoine, Directrice de la culture à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin.